L'esprit de Cumba Clava

Il semblait m'attendre au bout de la route. J'avançais d'un pas décidé mais au fur et à mesure que je m'approchais, il s'évaporait dans l'espace qui m'entourait. Lorsque je crus l'apercevoir en contrebas, au fond du trou, je décidai de le rejoindre. Le chemin, raide au début, était glissant et constitué d'une succession de bandes de pierres et d'herbes; et puis, devenant soudainement plat, il se faisait souple et tendre sous mes pas, semblant me guider vers une destination que je ne connaissais pas encore.

Au détour du virage, je n'avais le temps que de l'apercevoir s'engouffrer dans le virage suivant. En bordure du chemin, des lignes d'herbes hautes me confirmaient pourtant que j'étais dans la bonne direction mais, par-delà ces herbes, le rideau d'arbres semblait protéger l'accès d'un lieu que je devinais seulement. Au bout d'une ligne droite, le chemin se divisait: en face, une autre ligne droite, plate, et un virage flou au loin; sur le côté, une descente en direction du fond. J'hésitais lorsque je l'aperçus à l'entrée du virage, droit devant moi; j'accélérais le pas dans sa direction, et le vis s'engouffrer dans le virage. J'accélérais encore et trouvais à la sortie du virage une autre ligne droite, et un autre virage au loin, englué dans la brume. Je courais presque maintenant, toujours droit devant moi, comme aspiré par le prochain virage, mais à la sortie, le silence me fit comprendre que je l'avais perdu.

Mon esprit s'abandonnait tout entier à cette poursuite, je ne raisonnais plus. Comme je faisais demi-tour, j'entendis un bruit en direction du fond et décidai de prendre le chemin qui descendait. Au début droit et pentu, le chemin devenait irrégulier et tourmenté, les arbres environnants semblaient me compliquer la tâche, m'obligeant à faire des détours dans la pente redevenue glissante. Je pensais qu'il m'échappait une fois de plus, lorsqu'en levant la tête je me sentis comme hypnotisé par la vision de cet espace, immense, plat, sous une chape de silence que seuls quelques arbres dressés vers le ciel semblaient percer. Mon regard se posa sur le plus proche de ces arbres, il me sembla qu'il m'incitait à remonter, à moins qu'il ne voulût me remettre dans la bonne direction. Le silence devenait assourdissant, et la lumière soudainement chaude, lorsque le cri d'un oiseau déchira l'espace. Je fis un tour complet sur moi-même et crus le voir ici, là, et là encore. Je compris qu'il me faudrait revenir...

-Novembre 2005